Le Pays des sourds

Programmé au 3ème trimestre pour les 5ème, 4ème et 3ème, ce documentaire nous fait voir le monde à travers les yeux de sourds et malentendants

Affiche du film Le Pays des sourds
Affiche du film Le Pays des sourds

Fiche technique

Réalisation, scénario, photo : Nicolas Philibert
Son : Henri Maïkoff
Montage : Guy Lecorne
Intervenants  : Jean-Claude Poulain, Odile Ghermani, Babette Deboissy, Denis Azra, Hubert Poncet, Marie-Hélène Poncet

Synopsis

Ils sont plus de trois millions, en France, à éprouver des difficultés d’audition. Les plus gravement atteints, les sourds profonds, n’entendent rien, pas un son. Ils disent ici, dans leur langage, de quoi est fait leur quotidien, comment ils vivent leur différence et quelles sont leurs relations avec le monde des bruyants. Un couple de jeunes mariés continue de danser après l’arrêt de la musique : le handicap peut être aussi la poursuite d’un rêve de bonheur. Un rocker issu d’une famille de sourds exprime sa satisfaction. Un enfant dit combien il est difficile d’être le seul sourd dans une famille d’entendants. Des comédiens créent un spectacle dans le plus grand silence…

Critique – Télérama

Le générique est muet. Oppressant. Une liste anonyme sur un écran noir, dense comme le silence, interminable. Voilà, on est au pays des sourds, celui qu’on imagine : ouaté et lointain ; atrocement vide. L’image s’anime, le son revient. Sur scène, quatre personnages aux gestes désarticulés et aux mimiques incompréhensibles miment un concert. Pas un mot, pas une note, mais le bruit d’une baguette contre un pupitre, un raclement de pied, un souffle… C’est un extrait des Pierres, un spectacle conçu par des sourds pour des sourds. Au trouble du générique succède la gêne. A voir sans comprendre, on se sent exclu. Comme si Nicolas Philibert s’était amusé à retourner les règles. Nous voilà perdus dans un monde dont les malentendants seraient les maîtres. Dans Le Pays des sourds, tout passe par le regard. Les mots sont rares et souvent incompréhensibles. Ou bien serrés, en sous- titres, en bas de l’écran, comme une traduction simultanée dont il faudrait apprendre à se passer. Si les héros du film de Philibert parlent, c’est avec les gestes et les yeux. Des yeux qui rappellent ceux des acteurs du muet. Exagérément ouverts, extraordinairement mobiles. Assis dans une salle de cinéma, la trentaine et de faux airs d’Anthony Perkins, Fred raconte : il voulait être acteur de cinéma. « Quand j’étais petit, ma mère m’emmenait souvent voir des films. J’aimais beaucoup ça. On habitait en face d’un réalisateur connu. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais jouer dans un de ses films. Il m’a répondu : “Mais voyons, tu ne peux pas. Tu es sourd ! ­ Bien sûr que je peux, ai-je rétorqué. Ça se voit bien sur l’écran que les acteurs font semblant de parler !” » En bas de l’écran, les sous-titres se pressent : Fred est volubile. Pas un de ses mouvements qui n’ait l’air de sortir d’une chorégraphie. Ses yeux roulent, ses mains virevoltent, il grimace. Fred est sourd de naissance et s’exprime avec le langage des signes. Pour communiquer avec lui, il a fallu deux ans à Nicolas Philibert ; deux ans passés à apprendre les gestes, les symboles et les codes des malentendants ­ à « signer », comme ils disent. Deux ans à partager leur différence, leur détresse, mais aussi et surtout leurs fous rires. Car ils rient, les malentendants. Beaucoup plus qu’on ne croit. Ils ont parfois même l’humour dévastateur. Pour Philippe, issu d’une famille où l’on est sourd depuis cinq générations, c’est simple : ne pas entendre, c’est le paradis ! « La première fois qu’on m’a mis des appareils dans les oreilles, dit-il, en signes, j’ai trouvé ça horrible : le bruit des chaises qu’on traîne, le claquement des portes, le crissement de la craie sur le tableau… C’était intenable. Dès que je rentrais chez moi, j’ôtais mes appareils. Et je me faisais disputer par l’oto-rhino, qui me forçait à les remettre et à parler ! Mais moi, je n’ai pas besoin de parler. Je préfère rester avec les malentendants ; en famille. » Entendre et parler ? A les écouter, c’est l’enfer ! « Il suffit d’une journée pour qu’un malentendant français et un malentendant chinois se comprennent. Vous, les entendants, ça vous prend des années et, au bout de tout ce temps, vous n’êtes même pas sûrs de vous comprendre vraiment ! », dit Jean-Claude Poulain, qui enseigne le langage des signes. Et il ajoute, farceur : « J’ai eu une fille de mon premier mariage. J’aurais tellement voulu qu’elle soit sourde. Hélas, elle est entendante. Bien sûr, je l’aime quand même ! » Mais si, pour Jean-Claude Poulain, Philippe, Pascal et Nadège, la surdité n’est plus un handicap, elle reste un drame pour Tomo, Jalal et Frédéric. Coupés des autres enfants et souvent incapables de communiquer avec leurs propres parents, à 6 ans, ils ont tout à apprendre : la langue des signes, bien sûr, mais aussi le français (1). Et c’est une autre affaire ! Nicolas Philibert les a filmés pendant huit mois. Leurs coups de cafard et leurs progrès. A les voir déchiffrer les mots sur les lèvres de leur professeur et articuler des sons dont ils ne ressentent que les vibrations, on a le coeur serré. Mais Nicolas Philibert se garde de nous attendrir : Tomo, Jalal et Frédéric sont aussi capables que d’autres de mettre des pétards sous la chaise de leurs professeurs… La caméra capte leurs signes comme autant de petits récits en images : de petites mises en scène dans la mise en scène… Et d’anecdotes en bêtises, on finit par oublier leur infirmité. Comme on l’a oubliée pour les adultes. Il y a deux ans, on découvrait Nicolas Philibert avec La Ville Louvre, un formidable documentaire sur le musée du Louvre. Dans Le Pays des sourds, il nous plonge dans un monde où l’image est reine, et le cinéma omniprésent. Eh oui, en s’inscrivant dans l’espace dans un cadre très précis (courts et près du visage, amples et décollés du corps ou encore larges et dans la durée), les gestes du langage des signes correspondent tout simplement aux plans serrés, aux plans larges et aux plans séquence ! Nicolas Philibert joue de cette correspondance en virtuose. Passeur magique entre deux mondes qui, jusque-là, ne se rencontraient pas – Marie-Elisabeth Rouchy

(1) En France, jusque dans les années 70, les instituts pour sourds interdisaient la langue des signes, jugée réductrice et inapte à aider les malentendants à communiquer. Aujourd’hui, ils enseignent le bilinguisme.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Document pédagogique Aisne

au pays des sourds dossiers pédagogiques tv5monde

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